Violette Morris

Ces Français qui ont choisi Hitler

https://vimeo.com/76205929

FR3 a diffusé le mardi 16 janvier 2012 un documentaire. consacré à "Ces Français qui ont choisi Hitler", thème illustré par 4 itinéraires: ceux de Henri Lafont et Violette Morris "la discobole aux seins coupés" ainsi que ceux de Darnand et Paoli.

Parmi ces images une intéressante vidéo, un portrait aux multiples facettes de Violette Morris: grande sportive, collabo zélée, gestapiste...  

 

wikipedia english version:

 http://en.wikipedia.org/wiki/Violette_Morris

Fascinante figure que celle de Violette Morris.

C'est lors de ses recherches et investigations sur le Maquis Surcouf  que Raymond Ruffin avait croisé la route de Violette Morris (1893-1944).

Collaboratrice zélée de la Gestapo, elle a été exécutée sur une petite route de Normandie sur ordre de Londres par les résistants du maquis Surcouf

Cette femme était un mystère: la tortionnaire de la Gestapo était-elle bien celle qui s'était engagée en 1914 comme ambulancière aux armées de la Somme avant de devenir estafette sur le front de Verdun? 
Comment une patriote émérite avait-elle pu se transformer en auxiliaire du nazisme? Quel a donc été ce cheminement durant la vingtaine d'années qui sépare les deux conflits mondiaux? Comment a-telle pu passer d'un comportement héroïque et patriotique à ce dégradant avilissement? Dans quelles conditions la volontaire jeune femme décorée pour son courage et son dévouement lors des combats de la Somme et de Verdun s'est-elle rangée sous la sinistre bannière à croix gammée? Quelles circonstances ont entraîné cette incroyable dérive intellectuelle? Et quel processus a pu la propulser dans la trajectoire des services secrets nazis jusqu'à en devenir un élément hautement considéré par les grands dignitaires de la Gestapo en France?
C’est son activité d’espionne fascinée par l’ordre nazi qui demeure dans la mémoire historique. Espionne au service de l’Allemagne nazie à partir de 1936, puis responsable de secteurs dans les organigrammes de la Gestapo de la rue des Saussaies à Paris de 1942 à 1944, créatrice de contre-réseaux d’infiltration dans la Résistance elle avait été chargée par la Gestapo sous l’Occupation de juguler les réseaux anglais du S.O.E., elle causa tant de pertes aux Britanniques que l’I.S. la condamna à mort. Tortionnaire sadique de patriotes, elle tomba sous les balles des maquisards normands du Surcouf en avril 1944. Ainsi finit celle qu’Auguste Le Breton, qui l’avait bien connue lors de son incursion dans le Milieu en 1940-1941, avait surnommée : « La hyène de la gestap »

 

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Brillante, Violette Morris avait connu auparavant la gloire sur les stades. Cette personnalité étrange, fascinante, bisexuelle, représenta la France dans les compétitions sportives entre les années 1912-1935: 52 fois internationale, 9 fois championne de France, titulaire de plusieurs records nationaux et mondiaux: championne de France et du monde des lancers, footballeuse internationale, également en natation, water-polo, cyclisme, boxe, championne de rallyes automobiles, vainqueur du Bol d’Or, de Paris-les-Pyrénées-Paris (2 fois), du Grand Prix de San-Sébastian, elle devint une figure du Tout Paris.

Cette destinée hors du commun, en forme de descente aux enfers, devait inspirer deux ouvrages à Raymond Ruffin:

diablesse2.jpg- "La diablesse".Ed. Pygmalion/G. Watelet, publié en 1989 .
                                                              Présentation de l'éditeur :
 

L'incroyable aventure de Violette Morris (1893-1944), 52 fois internationale, 9 fois championne de France, titulaire de plusieurs records nationaux et mondiaux, ne se raconte pas en trois lignes. Elle se lit, se dévore de la première à la dernière page. Impossible, en effet, de relater brièvement la cascade de péripéties qui jalonnent son extraordinaire existence.
Cette passionnante reconstitution historique, présentant tous les ingrédients d'un scénario de film, comble cette lacune. Violette Morris sort de l'ombre et prend la place qui lui revient dans l'inquiétante galerie des personnages de l'histoire
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Interviews de Raymond Ruffin par France3 à propos de "la Diablesse".
 

 

 

 

- "Violette Morris: la hyène de la Gestap". Ed Le cherche Midi en 2004.

Ce second ouvrage a été fortement enrichi de documents et témoignages Depuis 1989, en effet, Raymond Ruffin n'avait pas oublié Violette Morris et les nouveaux matériaux accumulés justifiaient une réédition de son précédent ouvrage.

Présentation de l'éditeur:

Espionne au service de l'Allemagne nazie à partir de 1936, puis responsable de secteurs dans les organigrammes de la Gestapo de la rue des Saussaies à Paris de 1942 à 1944, créatrice de contre-réseaux d'infiltration dans la Résistance, Violette Morris avait connu auparavant la gloire sur les stades, et s'était comportée héroïquement sur le front d'Artois en 1915 en tant qu'ambulancière, puis à Verdun en 1916 comme estafette. Cette personnalité étrange, fascinante, bisexuelle, représenta la France dans les compétitions sportives entre les années 1912-1935. Championne de France et du monde des lancers, footballeuse internationale, également brillante en natation, water-polo, cyclisme, boxe, championne de rallyes automobiles, vainqueur du Bol d'Or, de Paris-les-Pyrénées-Paris (2 fois), du Grand Prix de San-Sébastian, elle devint une figure du Tout Paris. Mais c'est son activité d'espionne fascinée par l'ordre nazi qui demeure dans la mémoire historique. Chargée par la Gestapo sous l'Occupation de juguler les réseaux anglais du S.O.E., elle causa tant de pertes aux Britanniques que l'I.S. la condamna à mort. Tortionnaire sadique de patriotes, elle tomba sous les balles des maquisards normands du groupe Surcouf en avril 1944. Ainsi finit celle qu'Auguste Le Breton, qui l'avait bien connue lors de son incursion dans le milieu en 1940-1941, avait surnommée " La hyène de la gestap ". Un document étonnant sur un personnage hors du commun et monstrueux. 

 

 

 

Biographie

Violette, Paule, Emilie, Marie, née à Paris en 1893, fille du baron Pierre Jacques Morris et de Elisabeth, Marie, Antoinette dite Betsy Sakakini, passe son adolescence au couvent de l’Assomption de Huy et devient ambulancière sur le front de la Somme puis estafette sur le front de VerdunEn août 1914 elle épouse Cyprien Gouraud, dont elle divorcera en 1923. Elle s’engage dans le groupe d’estafettes motocyclistes de la Croix-Rouge et en février 1915, elle est ambulancière sur le front de la Somme. En mai 1916, alors qu’elle est en poste sur le front de Verdun, elle contracte une pleurésie qui provoque son hospitalisation pendant trois mois.

Une carrière sportive

Dès 1913, Violette Morris est un espoir du sport français. Agée à peine de 15 ans, elle participe au championnat de France de nage en eau libre. C’est la seule concurrente et elle finit 5ème de cette course de 8 kilomètres. Avant ses 17 ans, elle commence la boxe et se confronte à des adversaires masculins.

Mesurant 1 m 66 pour 68 kg c'est une sportive complète: spécialiste du lancer du poids et du disque, elle est également joueuse de football, de water polo, boxeur (elle ne craint pas d’affronter quelques hommes, dont le champion de France Maitrot en 1923), coureur cycliste, motocycliste, automobile… et aviatrice.


Violette Morris aimait également s’adonner hors compétitions à l’équitation, au tennis (elle vit en donnant des cours en 1940), au tir à l'arc, au plongeon de haut vol, à l’haltérophilie et à la lutte gréco-romaine. 

Le sommet de sa carrière sportive se situe durant la période de 1921-1924. 

Son slogan était : « Ce qu’un homme fait, Violette peut le faire ! »… malgré la consommation quotidienne de 2 à 3 paquets de cigarettes américaines par jour (et un vocabulaire de charretier à toute épreuve), elle est toujours strictement engoncée dans son complet gilet-veston d'homme!

 

L'ère des revers...

Lors des débuts de sa préparation physique en vue des JO de 1928, les premières ouvertes aux femmes, son renouvellement de licence est refusé par la FFSF (Fédération française sportive féminine) en 1927, pour cause d’atteinte aux bonnes mœurs. C’est une catastrophe pour Violette Morris qui espérait bien être sélectionnée pour les Jeux Olympiques de 1928 à Amsterdam, les premiers ouverts aux femmes. 

Ses résultats exceptionnels sont également rapidement entachés par des fraudes (elle est suspendue deux ans par la Fédération pour avoir dopé les joueuses de l’équipe de football), des écarts de conduite (dont des insultes à l’arbitre) et des difficultés à travailler sereinement avec la direction de la Fédération féminine sportive de France.

La fédération lui reproche également ses manières, des dérapages violents et « son déplorable exemple » pour les jeunes filles qu’elle encadre en tant qu’entraîneuse. Sa liaison avec l’athlète Raoul Poli (rugby, lancer du poids et du disque, lutte gréco-romaine, on était polyvalent à cette époque) ne pose pas de problème, mais Violette Morris s’affiche aussi ouvertement lesbienne

En 1930 Violette Morris attaque la fédération en justice, ce sera le « Procès du pantalon » . 

Le personnage haut en couleurs de la plaignante et le prétexte du procès annoncent un de ces barnums à grand spectacle dont la presse raffole. Bons mots, grivoiseries, envolées lyriques et comparaisons incongrues seront au programme. 

Voir: http://musea.univ-angers.fr/rubriques/elements/popup/popup_esp.php?ref_notice=389

Au final le Tribunal déboute Violette Morris. Le tribunal estime ne pas avoir à se prononcer sur le refus de la licence, qui dépend du règlement de la fédération et conclut : « Nous n’avons pas à nous occuper de la façon dont se vêt à la ville et dans ses autres occupations Mme Violette Morris, mais nous estimons que le fait de porter un pantalon n’étant pas d’un usage admis pour les femmes, la FFS avait parfaitement le droit de l’interdire. En conséquence, le tribunal déboute Mme Violette Morris et la condamne aux dépens ». 

Du côté de Violette Morris c’est la consternation. Dans une interview donnée juste après le procès et censurée, « la Morris » se défend dans le langage qui lui est justement reproché : grossier, délateur, obscène, révélant les frasques des « salopes » et autres « pétasses » de la Fédération. 

« Et on vient dire, la bouche en cul de poule : mais elle s’habille en homme, mais elle boxe un connard d’officiel qui arbitre à tort et à travers, mais elle se balade à poil dans les vestiaires, comme si ce n’était pas justement réservé à ça, mais elle ‘dévergonde’ nos filles ! Tout ça parce qu’un jour j’ai roulé un patin à une môme qui me collait au train ! Elle se disait amoureuse de moi, ça arrive, figure-toi, ces choses-là. Mais je n’ai jamais débauché personne de force. » 

 « Nous vivons dans un pays pourri par le fric et les scandales (…) gouverné par des phraseurs, des magouilleurs et des trouillards. Ce pays de petites gens n’est pas digne de ses aînés, pas digne de survivre. Un jour, sa décadence l’amènera au rang d’esclave, mais moi, si je suis toujours là, je ne ferai pas partie des esclaves. Crois-moi, ce n’est pas dans mon tempérament ».

 

Reconversion:

Durant les années 1930, privée de stade, la championne se fait plus discrète. Elle se consacre dans un premier temps à son magasin d’accessoires pour automobiles et vélos à Paris qui fait rapidement faillite.  Elle rencontre quelques déboires avec son propriétaire dont l'origine juive contribuera à l'antisémitisme grandissant de Violette Morris.

 
 
avec Joséphine Baker
Mme Violette Morris, qui doit débuter comme chanteuse dans les music-halls
 
Elle décide alors de se reconvertir dans des activités artistiques de music-hall sans véritablement parvenir à s’y faire un nouveau nom malgré ses relations prestigieuses telles que Joséphine Baker, Jean Cocteau ou encore Jean Marais .

(Photo célèbre et drapée de mélancolie, signée Brassaï et intitulée Couple de lesbiennes au Monocle, 1932 : « un portrait de deux femmes assises à une table, dans un bar, l'une en robe du soir décolletée, l'autre travestie, les cheveux courts, en complet » représentant violette Morris dans un cabaret  lesbien).

Cette photo est à l'origine du roman de Francine Prose "Deux Amantes au Caméléon" récemment traduit aux Editions Gallimard qui a connu un grand succès aux Etats-Unis.

Voir la critique de Télérama:

http://www.telerama.fr/livres/deux-amantes-au-cameleon,126125.php

 

- Espionne

En 1934, lors d’un séjour en Allemagne, Violette Morris noue ses premiers liens avec les nazis. Elle participe dans différentes disciplines aux JO de Munich en 1936 où elle est fascinée chaque jour davantage par le nazisme. C'est au cours de ces jeux qu'elle sera approchée par leurs services secrets.

C'est que ses relations dans les milieux sportifs, artistiques, intellectuels et interlopes en font un agent de choix. 

Les services français ne s’intéressent pas à elle, contrairement aux anglais qui placent, en juin 1939, Yolande Faure dans son entourage. Compromise dans différentes affaires de mœurs par les services du SD bien avant la guerre, elle se met au service de l'espionnage allemand en France, devenant un agent rémunéré, figurant au rôle avec un numéro de code. L'Intelligence Service la démasque et tente d'en faire un agent double, mais elle est " limitée " et le service de renseignements britannique ne s'intéresse plus à elle. Elle mène dès lors une vie dissolue, fréquentant les milieux interlopes et convertissant à l'homosexualité nombre de jeunes femmes.

Ses relations dans les milieux de la pègre parisienne, ses talents d’organisatrice de parties fines, lui permettent en effet, de compromettre, en cette période troublée militaires et hauts fonctionnaires.  Elle fournit des rapports très détaillés sur le parc automobile militaire, communique aux services de Himmler de nombreux renseignements sur les plans de défense des villes françaises, dont notamment Paris. Elle vend aux Allemands des secrets sur le nouveau char de combat « Somua » de Renault.

Fait divers: elle refera parler d’elle en 1937. Le lendemain de Noël, sur la péniche qui lui sert de domicile elle tue un légionnaire de plusieurs coups de feu.  La presse flaire un bon coup. Sous le titre « Drame sur la péniche. Violette Morris abat un légionnaire », le journaliste de Détective écrit «Violette Morris qui défraya si souvent la chronique par ses excentricités, vient d’en commettre une de plus (…) : elle a tué un homme » . Elle bénéficiera d’un non-lieu pour légitime défense. Elle a abattu un maître chanteur !

 

La péniche. En 1939, Violette Morris qui vit avec sa maîtresse Yvonne de Bray (La mère dans les Parents Terribles que Christian Gury décrit comme «une extraordinaire autant que très alcoolique comédienne au physique de bouledogue ») accueille sur sa péniche Jean Cocteau. Le poète profite de ce havre pour écrire "les Monstres sacrés".

http://www.editionsnonlieu.fr/La-Peniche-sanglante

 

 

Violette Morris et Yvonne De Bray sur la péniche

C’est aussi Violette Morris qui conduira Jean Cocteau sur la ligne de front pour lui permettre de rejoindre Jean Marais.

Toute une époque talentueusement décrite dans l'oeuvre de Patrick Modiano notamment dans "La Ronde de nuit" mais également dans "Une jeunesse", "Remise de peine", et "de si braves garçons".

Dans " La ronde nuit" le narrateur qui, de toute évidence, n'est pas l'auteur (il n'était pas né à l'époque dont il parle) affirme l'authenticité des événements décrits : «Je rapporte ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu. Sans aucune fioriture. Je n’invente rien.» (133) On peut, en effet, montrer à quel point la fidélité de cette reconstitution permet de voir en cette oeuvre un roman historique. Patrick Modiano s’appuie sur une documentation ; mais, de façon plus frappante que dans la plupart des documents historiques, ce monde, qui a été oublié ou refoulé par ceux qui en avaient vécu les péripéties. Le narrateur affirmait aussi : «Toutes les personnes dont je parle ont existé. Je pousse même la rigueur jusqu’à les désigner sous leurs véritables noms.» (133)

Certains noms sont authentiques : Hitler évidemment dont la figure est évoquée à plusieurs reprises («Hitler s’est endormi en suçant son pouce», 127), Violette Morris, Madeleine Jacob (68), Joanivici (90), Eugène Weidmann (90, 127), Darquier dit «de Pellepoix» (129), Alexandre Stavisky (137), Marcel Petiot (90), Pierre Costantini (151), Bel-Respiro.

"Violette Morris qui, née au temps de l’affaire Dreyfus d’un père qui ne désirait qu’un héritier, fut une jeune fille qui s’épanouit dans le sport, fut footballeuse internationale, championne du monde de lancers, vainqueuse du “Bol d’Or”. Puis elle mit cette incroyable énergie au service de la patrie, ce qui la conduisit à devenir espionne redoutée pour la Gestapo, puis à finir sous les balles des maquisards. Celle qu’on a appelée «la hyène de la Gestapo» fut un personnage à la fois admirable et monstrueux. Ayant appris à reluquer les jeunes filles dans les vestiaires, elle fut aussi une féministe bisexuelle (d’où sa conduite avec Frau Sultana, 28, 30, 32)."

 

Après la débâcle de 1940

 

 

Collaboratrice et tortionnaire...

Violette Morris revient à Paris et reprend contact avec le Milieu qu’elle fréquente depuis plusieurs années. Dès les premiers jours de l'occupation, elle fait la connaissance de Helmut Knochen, le chef de l'AMT VI', installé au 72, avenue Foch à Paris, et elle est conquise par ce personnage " si cultivé, si intelligent, possédant une exquise politesse et de belles manières' ". Deviendra-t-elle sa maîtresse ? C'est possible mais douteux, car Knochen ne pouvait guère être attiré par cette égérie fort masculine au langage vulgaire. En revanche il est certain qu'elle est au mieux avec Karl Oberg, " le boucher de Paris ", moins délicat et dont les instincts sadiques se rapprochent des siens.  Knochen la " repasse " au colonel Kraus, la chargeant en outre d'établir la liaison avec la bande nouvellement constituée par Henri Chamberlain dit " Lafont ". Elle s'installe donc au 93, rue Lauriston où " Monsieur Henri " a aménagé ses bureaux et où elle ne tarde pas à devenir la maîtresse attitrée de " Jo la Terreur ". C'est vraiment là, rue Lauriston, avec l'équipe Lafont-Bony, qu'elle va donner la mesure de son talent. Même si son rôle précis est inconnu car il ne reste pas de témoin de ses activités de la carlingue, Darius Rejali, mais aussi Perrault et Jean-Pierre Azéma ont montré qu’elle avait été particulièrement impliquée dans les activités de torture qu’elle alla jusqu’à raffiner.

Dans cette pépinière de truands et de prostituées, elle fait figure de personnage. La fine fleur de la pègre est représentée en ce lieu par d'éminents " spécialistes " tels que' : Paulo du Helder, dit " la Gamberge ", René Mâle, dit " Riri l'Américain ", tueur patenté, Jean-Michel Chaves, dit " Nez de braise ", proxénète, criminel obsédé, Armand le Fou, meurtrier déjà condamné, Bernard Tertre, ancien sous-officier de la légion, Raymond Richard, proxénète, Robert Méry, dit " Robert le Pâle ", Feu-Feu, dit aussi " le Riton ", sept condamnations, François Lorand, dits; " François le Mauvais ", spécialiste de la traite des blanches, Jules Besançon, dit " Tony ", assassin d'une prostituée, Maurice Latès, " Jo le Corse ", tueur à gages, Adolphe Comet, dit " Frédo la Terreur du Gnouff " tortionnaire spécialiste de la magnéto. Joseph Joanovici, dit " Monsieur Joseph ", chiffonnier milliardaire, trop connu pour qu'il soit besoin de le présenter, Alexandre Villaplana, dit " Alex ", ancien footballeur, qui deviendra le chef de la bande de tueurs nord-africains coupables de vols, viols, assassinats en Périgord. Et tant d'autres, truands, escrocs, assassins, proxénètes, auxquels il convient d'ajouter quelques femmes : Simone Vernhes, dite " Dominique ", prostituée, Sonia Boukassi, aventurière névrosée, toxicomane et lesbienne, Marguerite Clarisse, ancienne comtesse, Marga d'Andurian, trafiquante illuminée, Geneviève de Penthièvre, alcoolique nymphomane, Inès d'Alès, " chienne " préférée de Lafont, suivant son mot, splendide rousse hystérique, et bien d'autres qui firent les beaux jours et les belles nuits de la rue Lauriston. Dans cette ambiance de débauche et de torture, car c'est l'une des occupations préférées des membres de la bande, Violette Morris se réalise pleinement. Aux malheureux résistants soumis aux supplices les plus cruels, elle impose ses propres sévices. Ses victimes de prédilection sont les femmes qui, déjà passées entre les mains des bourreaux, gémissantes, à bout de forces, ayant subi la baignoire, le viol collectif, la magnéto, les coups de cravache, se voient livrées à l'espionne qui leur brûle les seins de son briquet, les fait attacher par ses complices pour mieux les fouetter et termine invariablement son numéro, si elle le peut, en déféquant sur leur corps couvert de sang. Charmante nature !En 1940, Helmut Knochen, chef du service de renseignements de la SS à Paris, la recrute. Elle est chargée de recruter des espions, de contrer les réseaux anglais du SOE et d'infiltrer les réseaux de résistance du Grand ouest. 

 C’est l’époque où plusieurs mouvements clandestins de la Résistance sont infiltrés. Les services secrets alliés considèrent que Violette Morris est mêlée de près ou de loin dans la destruction de 7 groupes BOA (Bureaux des opérations aériennes des MUR), de 4 réseaux SOE (Special Opérations Executive), infiltration du l’OCM (Organisation civile et militaire), infiltration des réseaux Vengeance et Turma, Libération-Nord, etc. Les Anglais font abattre plus de 50 indicateurs de la Gestapo en Normandie, mais Violette Morris échappe aux représailles. 

-Arrêt de mort

C'est qu'avec la bénédiction de M. Henri, elle constitue un réseau d'agents dans l'Orne, la Seine-et-Oise, l'Eure-et-Loir, la Sarthe et le Calvados. Elle les visite plus ou moins régulièrement et réussira, par eux, à introduire des membres de la bande dans certains groupes de résistance. Elle fera ainsi entrer Bernard Tertre à " Libération Vengeance ", de même que Roques en Seine-et-Oise. Mais l'un de ses indicateurs, repéré en Eure-et-Loir, est kidnappé par des patriotes décidés à mettre fin à ses agissements. Vert de peur, il fournit tous les détails qu'il connaît sur les activités de l'espionne. D'autres rapports parviennent à Londres, mettant en relief les infiltrations dirigées par Violette Morris. C'en est trop, la centrale donne l'ordre d'abattre l'aventurière nazie et ses agents. Plusieurs embuscades sont montées contre elle pour exécuter cette directive ; entre novembre 1943 et avril 1944, une chance insolente lui permet d'échapper à plusieurs traquenards.

Début avril 1944, ce sont les services gaullistes qui demandent à la Résistance d’éliminer, en urgence, Violette Morris:

" A commandement FFI-MEU. - De Londres état-major : Abattre immédiatement et par tous moyens espionne Violette Morris. - Stop. - Rechercher et éliminer agents contacts avec elle régions M1-M2-M4. - Stop. - Ordre prioritaire. - Fin. "

Ce sera chose faite le 26 avril 1944 par un commando du maquis normand Surcouf, sous la direction de Robert Leblanc.

Elle est exécutée sur une route de campagne au volant de sa traction ainsi que cinq autres personnes qui se trouvaient dans la voiture, collaborateurs notoires de la région. 

La traction-avant conduite par Violette Morris est copieusement mitraillée. Les passagers, un couple de collaborateurs (les époux Bailleul), leurs 2 enfants et leur gendre sont tous abattus… Et bien entendu la cible principale, Violette Morris n’échappe pas à la vengeance du Maquis.

 

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Récit de l'exécution de Violette Morris in " Les lucioles de ma nuit" de Raymond Ruffin.

1976. Réédité en 1980, 1984 et 1986, Presses de la Cité.

 

Extrait:

12 avril 1944.

Le commandant Breteuil relut les quelques mots du message reçu de Londres, capté par le lieutenant Allard et transmis par son agent de liaison Marcel Maillard.

" A commandement FFI-MEU. - De Londres état-major : Abattre immédiatement et par tous moyens espionne Violette Morris. - Stop. - Rechercher et éliminer agents contacts avec elle régions M1-M2-M4. - Stop. - Ordre prioritaire. - Fin. "

Le soir même, le chef départemental informait les responsables d'arrondissement concernés en leur demandant d'entreprendre les recherches requises. Quant à l'espionne elle-même, il savait où la retrouver car elle sillonnait régulièrement toutes les semaines les routes de l'Eure, et ses principaux points de chute, Pacy, Vernon et Beuzeville étaient connus. Dès le lendemain, les chefs des maquis des zones indiquées étaient alertés et toutes les dispositions prises pour exécuter l'ordre reçu.

Avant de relater cette exécution, qui deviendra célèbre sous le nom de " l'affaire de la Côte du Vert ", il nous paraît indispensable et honnête de préciser plusieurs points. Cette action a tellement fait couler d'encre, elle a tant sensibilisé l'opinion publique locale qu'il n'aurait pas été pensable de la relater sans s'être entouré des garanties formelles d'authenticité et de véracité. Pour ce faire, il n'était qu'une solution : rechercher les témoignages des véritables participants et consulter les rapports officiels, transmis sur-le-champ, aux autorités supérieures afin d'en rendre compte. Cela a été fait. Lorsque nous avons entrepris de retracer l'épopée glorieuse du maquis Surcouf, il était considéré comme impossible d'évoquer cette affaire autrement que par les vagues conversations entendues ou par la lecture des articles de journaux des diverses époques. Elle ne pouvait donc, à nos yeux, figurer dans cet ouvrage par manque d'informations réelles, et nous nous apprêtions à ne la mentionner que fort brièvement. Mais, après plus de deux ans de travail en commun avec les liquidateurs du Surcouf, les choses ont bien changé et un climat d'amitié et de fraternité s'est forgé entre nous, dont nous apprécions à sa juste valeur l'importance et l'honneur qui nous est fait. Ces nouvelles conditions ont fait que, voulant aussi une bonne fois pour toutes en finir avec les versions plus ou moins fantaisistes propagées à ce sujet, et nous apportant ainsi une preuve éclatante de confiance, les responsables aux différents échelons des FFI ayant eu à connaître exactement, ou ayant directement participé à l'affaire, ont bien voulu nous fournir les possibilités d'en faire une relation rigoureusement exacte.

Quatre témoignages de francs-tireurs ayant participé à cette opération - parmi eux celui d'un des tireurs - et les rapports officiels nous ont permis d'en effectuer une reconstitution aussi fidèle que possible. Il faut préciser que, recueillis un à un, les récits des témoins se recoupent parfaitement, ce qui ajoute à l'aspect véridique de l'ensemble.

De cette section du Surcouf qui effectua l'embuscade, il ne reste que très peu de survivants, les autres ayant trouvé une mort glorieuse en d'autres lieux les armes à la main, ou sont disparus depuis. Certains ont encore leurs familles dans la région. Dans un esprit d'apaisement, nous avons décidé de ne citer aucun nom, même de ceux qui ont quitté cette terre, car le rapprochement eût été facile à faire dans le contexte de cet ouvrage puisque les hommes sont souvent désignés dans leurs sections.

 Souhaitons que la relation exacte de la mort de Violette Morris, et de ses compagnons de route, apporte un point final aux élucubrations de personnages vantards ou malfaisants se faisant l'écho de racontards et de soi-disant témoignages de véracité plus que douteuse.

Ajoutons également que les précisions horaires concernant les faits intervenus à Beuzeville nous ont été fournies par d'anciens commerçants du bourg, témoins oculaires et objectifs, s'étant toujours maintenus dans une prudente... neutralité.

26 avril 1944. 7 heures du matin.

Dans l'aube encore incertaine, la section du Surcouf cantonnée aux Mares-Fleuries se dirige par groupes de deux hommes à travers herbages et boqueteaux vers la petite départementale 27 reliant Epaignes à Lieurey. A peu près à la même heure, Violette Morris quitte l'appartement de Neuilly-sur-Seine où elle a passé la nuit. Au volant de sa 15 CV Citroën, elle fonce sur la nationale 13 en direction d'Évreux.

La veille au soir, un agent de liaison a remis à Robert Leblanc un pli lui indiquant que l'espionne nazie, qu'il est chargé d'exécuter, est attendue à Beuzeville dans la matinée. De son PC de Fourmetot, ce dernier a aussitôt transmis ses ordres et la section désignée a fait mouvement vers les Mares-Fleuries où elle a passé la nuit. Suivant le plan élaboré par le chef du Surcouf et les responsables d'arrondissement, le lieu de l'embuscade choisi est la légère montée sise au lieu-dit La Côte du Vert. Peu avant 8 heures, le chef de la section dispose ses hommes et place ses guetteurs. Chaque homme sait exactement ce qu'il a à faire, car avant le départ une courte conférence a fixé rigoureusement les tâches prescrites à chacun. C'est donc en silence et en bon ordre que les maquisards gagnent les différents postes qui leur sont assignés.

De la cime d'un arbre, une vigie doit signaler l'approche de la voiture au moyen d'un mouchoir blanc. Son rôle est important car, bien que peu passante, la route est parfois empruntée par des véhicules allemands. Le guetteur ne doit donc émettre son signal qu'à coup sûr et, pour ce faire, rien n'a été laissé au hasard ; l'arbre choisi permet une vue très ample de la départementale venant de Lieurey.

Au bas de la côte, sur le côté droit en direction d'Epaignes, un champ est bordé d'un talus surélevé ; c'est là que viennent prendre position, bien dissimulés par cette butte, les cinq tireurs armés de mitraillettes. Une cinquantaine de mètres plus haut, sur le même versant, trois autres maquisards se tiennent en renfort pour le cas où la première salve ne suffirait pas. A l'intersection de la petite route qui s'enfonce sur la gauche dans la campagne, un peu en dessous de l'endroit où sont embusqués les francs-tireurs, le chef de section prend place au creux de la haie. C'est lui qui doit ouvrir le feu, donnant ainsi le signal. Il est bien convenu que personne ne doit tirer avant lui, puisque lui seul, d'où il est placé, voit le guetteur. Les minutes, puis les heures s'écoulent, longues et crispantes pour les hommes immobiles dans leur cache. Il leur a été rigoureusement interdit de fumer et de parler. Plusieurs charrettes, deux ou trois voitures passent sans que leurs occupants les remarquent. Là-haut, sur son arbre, collant de son mieux au tronc, la sentinelle reste parfaitement stoïque.

Le responsable de l'action s'inquiète, l'heure s'avance, l'espionne devrait être passée depuis longtemps ; plus tard on apprendra qu'elle a fait un arrêt prolongé chez son agent de Pacy-sur-Eure. Vers 10 h 40 enfin, le signal est donné. Le guetteur a-t-il relâché son attention, la vitesse de la voiture est-elle plus grande que prévue, toujours est-il que la Citroën débouche en trombe presque aussitôt. Surpris, le chef de la section réagit une fraction de seconde trop tard. Le tir ne peut plus être ajusté correctement et fort sagement il n'insiste pas. Disciplinés, les maquisards n'ont pas bronché. Déjà, dans un mugissement de moteur, la puissante traction disparaît au bout de la montée.

Décontenancés, les hommes se regroupent et leur chef ordonne le repli. Quelques instants plus tard, tapis dans un bosquet proche, ils se détendent en avalant quelques morceaux de sucre et un quignon de pain.

Suivant les ordres qui leur ont été donnés pour le cas où un événement imprévu empêcherait l'exécution de leur mission, ils doivent préparer une seconde embuscade lorsque l'espionne prendra le chemin du retour. Dès 14 heures, ils reviennent donc à la Côte du Vert, mais le dispositif de l'attaque varie forcément puisque la voiture roulera en sens inverse. Le chef de section se rend également compte qu'il va se trouver devant une autre complication car, si la traction fonçait à vive allure le matin dans une montée sinueuse elle risque fort d'aller plus vite encore au retour, dans la descente et la précision du tir deviendra aléatoire avec des mitraillettes. Il lui semble donc nécessaire d'obliger l'espionne à ralentir en disposant sur la route un obstacle quelconque. Les premières solutions envisagées - arbre placé sur la route, accident simulé - ne le satisfont guère : d'autres véhicules peuvent passer. Après réflexion, il se décide pour une charrette, qui sera avancée en travers au dernier moment. Se rendant aussitôt chez un cultivateur ami, il en revient avec un attelage qu'il amène dans le chemin creux faisant face à la petite route près de laquelle il se tenait le matin. Masqués par les arbres et le revers du talus, le cheval et le tombereau se trouvent ainsi prêts à être engagés sur le carrefour.

Les cinq tireurs du matin vont se dissimuler de l'autre côté, sur la droite en regardant vers Lieurey, derrière les têtards de la haie très touffue. Trois autres vont se placer, en couverture. 

18 h. Les maquisards n'ont pas bougé d'un pouce, tous se trouvent du même côté - afin d'éviter un dangereux tir croisé - à l'exception de l'attelage et de son conducteur, situés en contrebas sur la gauche.

18 h 25. Bailleul s'installe à l'avant de la voiture avec l'un de ses fils ; sa femme, son gendre, et le second des enfants montent à l'arrière. Après s'être assurée que les portières sont convenablement fermées, Violette Morris prend place au volant et démarre. La traction vire sur la place de l'Église et s'engage sur la route d'Epaignes.

Déjà lancée à plus de cent à l'heure, elle franchit le passage à niveau.

18 h 35. La 15 CV se profile dans le tournant précédant la descente. Le coup de feu du guetteur signale son arrivéeion. Le guetteur va pour sa part se percher sur la fourche d'un ormeau à l'amorce du virage en haut de la côte. Comme ses compagnons ne peuvent le voir à l'endroit où il se trouve, il ne peut se servir de son mouchoir, comme le matin. Il est donc convenu qu'il tirera un coup de revolver dès que l'automobile abordera le virage. Le chef de la section se tient près des tireurs en renfort, d'où son regard embrasse toute la portion de route jusqu'au sommet du raidillon, et d'où il pourra intervenir à tout moment.

Il est maintenant près de 16 h et, exceptés deux ou trois cyclistes, personne ne s'est manifesté.

17 h. A Beuzeville, on s'affaire près de la traction garée devant .

18 h 25. Bailleul s'installe à l'avant de la voiture avec l'un de ses fils ; sa femme, son gendre, et le second des enfants montent à l'arrière. Après s'être assurée que les portières sont convenablement fermées, Violette Morris prend place au volant et démarre. La traction vire sur la place de l'Église et s'engage sur la route d'Epaignes.

Déjà lancée à plus de cent à l'heure, elle franchit le passage à niveau.

18 h 35. La 15 CV se profile dans le tournant précédant la descente. Le coup de feu du guetteur signale son arrivéeAussitôt, le maquisard chargé de l'attelage l'engage sur le carrefour, lui faisant décrire un arc de cercle comme pour remonter la côte en mordant largement sur toute la largeur de la route. Surprise par cet obstacle soudain, la conductrice freine très violemment et ne peut empêcher son véhicule de se déporter vers la droite. Immédiatement, une première rafale tirée par le chef de la section donne le signal d'ouvrir le feu. A hauteur des glaces, les tireurs dirigent aussitôt leur tir sur la voiture désormais immobilisée le capot vers le fossé. Les mitraillettes continuent de crépiter, puis s'arrêtent. Une ou deux secondes se passent, rien ne bouge, puis la portière avant gauche s'ouvre brutalement et Violette Morris jaillit, revolver au poing. A quelques mètres, le chef de la section, qui s'est découvert, s'avance et se trouve face à elle. L'espionne dirige aussitôt son arme sur lui. Trop tard, la rafale la bascule sur l'aile de la voiture. A l'intérieur, tous les passagers ont été tués sur le coup. Contrairement à ce qui sera dit, à tort, aucun n'a survécu, ne fût-ce que quelques instants, aux rafales tirées par des hommes parfaitement entraînés. Un pesant silence s'abat sur les lieux, troublé par le seul bruit de roues de la charrette qui s'éloigne dans la côte. Puis les maquisards se regroupent. Tandis que deux d'entre eux chargent le corps de l'espionne à l'intérieur de la Citroën, un autre prend place au volant. Après une rapide marche arrière pour se dégager de la berme, la voiture tourne à droite, empruntant la petite route en direction de Cormeilles. Le reste de la section repart vers les Mares-Fleuries après avoir soigneusement fait disparaître toute trace de l'action. J

19 h 5. La traction arrive à la ferme Morin, à quelques kilomètres de là, sur la commune du Pin. La section qui s'y trouve cantonnée va préparer des fosses pour y ensevelir les corps, tandis que le chef de cette section procède, en compagnie de deux autres résistants, à l'inventaire des objets personnels recueillis sur les victimes. Il en établit la liste que contresignent tous les présents. Pour

Violette Morris, cette liste mentionne : un ausweiss permanent, ses papiers d'identité, un carnet d'adresses où figurent un grand nombre de ses relations et agents, deux lettres adressées au colonel Kraus dénonçant nominativement plusieurs personnes accusées d'être " terroristes D, ainsi que deux réfractaires de Beuzeville, un brouillon de rapport sur les activités anti-allemandes de plusieurs habitants de Pacy-sur-Eure avec l'adresse d'une cache et un plan sommaire, enfin une somme de quatre-vingt mille francs.

Parmi les papiers trouvés sur les autres occupants de la voiture, on peut citer les cartes d'affiliation des époux Bailleul à un organisme franco-allemand de police. Tous les documents, pièces d'identité, objets personnels, argent, furent rassemblés dans un sac soigneusement fermé et versés dès le lendemain à la caisse de l'intendance qui en donna quitus.

Puis il fut procédé à l'inhumation. Toutes les victimes furent enterrées avec leurs bijoux, et la nuit était tombée lorsque les maquisards finirent d'égaliser le terrain.

Ainsi se déroula très exactement l'exécution de Violette Morris et de ses compagnons.

Elle peut appeler quelques précisions supplémentaires pour répondre aux questions qui se sont posées.

D'abord il fut prétendu que l'opération visait surtout les époux Bailleul ; c'est faux. Certes ces collaborateurs avaient reçu, comme tant d'autres de leur espèce, des menaces de mort, eu égard à leur comportement et à leur attitude pro nazie, mais en cette circonstance ils n'étaient pas visés, la preuve est que l'embuscade aurait été le secret de polichinelle et les victimes n'auraient pas manqué d'en être prévenues. Comment concevoir toute cette publicité, lorsqu'on sait que Leblanc ne fut avisé du voyage de Violette Morris que la veille ! et qu'il n'était pas homme à divulguer ses plans ; la section d'attaque ne fut informée elle-même que le soir précédent.

Second point : la présence du gendre des Bailleul dans la voiture. On ne peut reprocher à celui-ci, à l'encontre de toute sa belle-famille, aucune manifestation pro allemande. L'exécution était prévue dès le matin à l'aller de Violette Morris ; on a vu pourquoi et comment elle échoua. La confusion provint certainement du fait que les groupes du F.N. et de l'O.C.M. de Beuzeville, qui n'avaient pas été informés de l'ordre d'exécution, crurent longtemps de bonne foi que les sections de Robert Leblanc avaient voulu faire d'une pierre deux coups. Cette idée se répandit et la rumeur publique fit le reste. C'est donc du roman feuilleton que de prétendre que certains Beuzevillais y furent mêlés et que d'autres, avant le départ de la voiture, s'apitoyèrent sur le sort des enfants ! Sa mort, dans ces conditions, fut ressentie par tous comme profondément injuste mais il faut dire qu'il a été victime de son entourage plus que des maquisards qui ignorèrent longtemps son non-engagement.

Troisième point : les enfants ; là encore c'est leur entourage qu'il faut incriminer. Bercés dans ce climat de collaboration active, ils se trouvèrent, dans l'inconscience de leur âge, amenés à raisonner comme leurs parents ; de là leurs agissements dénonciateurs au collège de Honfleur cités précédemment. Bien sûr, leur mort tragique ne peut que susciter une profonde émotion, mais elle a été le résultat de la criminelle politique qui jeta une jeunesse vulnérable dans les voies ignominieuses de la déchéance et de la trahison.

A cette même époque, depuis les bambins mitraillés sur les routes de l'exode par les Stukas, jusqu'aux malheureux gosses ensevelis sous les masses de décombres de bombardements alliés, le destin des enfants était scellé. Il l'avait été bien avant, lorsque des traîtres, du genre de Violette Morris, et des gouvernants lâches ou vendus avaient offert à un fou démoniaque et sanguinaire le terrain et la matière nécessaires à l'assouvissement de ses théories racistes et de ses rêves de destruction. Et si l'on peut déplorer la disparition douloureuse des fils du charcutier à l'esprit nazi, on peut mesurer l'abjection de cet esprit en se rappelant qu'en son nom des milliers de petits enfants juifs, tziganes, arméniens et autres, ont été passés, certains tout vivants, dans les crématoires des camps de la mort, après quelles heures et quels jours d'épouvante pour leurs jeunes vies auparavant !

 

Critiques et...controverses....

 

Championne de nazisme

Critique parue dans "Le Point", 22 avril 2004

Violette est une enfant taciturne, née aux temps de l’affaire Dreyfus d’un père qui ne voulait que d’un héritier digne de son sexe. Enfant, elle n’aime que les guerres : avec ses soldats de plomb et contre les garçons de Levallois-Perret, contre elle-même et son absolu sentiment de solitude. Rétive à toute autorité, la jeune fille est placée en couvent, où elle s’adonne à sa grande passion : le corps. Il faut dire qu’aucun sport ne résiste à celle qui s’habille en costume trois pièces et reluque les jeunes filles dans les douches des vestiaires. Championne du monde des lancers, footballeuse internationale, vainqueur du Bol d’Or, sujet plus que brillant en natation, en boxe, en cyclisme ou en sports automobiles, « la Morris », qui n’est pas sans rappeler La Garçonne de Margueritte, va mettre son increvable énergie au service de la patrie.

Dans la guerre et les tranchées de Verdun, comme estafette ou comme ambulancière, elle apprend à détester les planqués et autres déserteurs du courage, cette « armée de parasites et de jouisseurs ». Jouisseuse, elle l’est pourtant, et ô combien : d’orgies en dévergondages,

Violette, féministe bisexuelle, n’hésite pas à envoyer les hommes au tapis ou à décider de l’ablation de sa volumineuse poitrine, si gênante dans le « baquet » des voitures de compétition. Puis viennent les années trente et la crise. Violette tombe dans les griffes du milieu, où trafiquants et truands côtoient décadents et nazillons : sans même s’en apercevoir, elle s’apprête à faire siens tous les délires du temps. Devenue un agent redouté de la Gestapo, elle démantèle les réseaux de résistance, espionne la France pour le compte du Reich et n’hésite jamais à torturer de ses mains ceux qui ne sont à ses yeux que des « terroristes ».

Comme un grand écrivain, elle a droit à la visite guidée de l’Allemagne nazie : en comparaison, le corps de sa pauvre France lui apparaîtra veule et corrompu. Pour elle et pour ce pays qui n’est « pas digne de survivre » et dont « l’élite est en train de se décomposer dans les cimetières de la Meuse et de Champagne », tout finira comme il se doit : dans le sang.

Marc Villemain

« Violette Morris, la Hyène de la gestap », de Raymond Ruffin (Le Cherche Midi, 259 pages)

 

Controverse: mais qui veut réhabiliter Violette Morris?

 

En 2011 Marie-Josèphe Bonnet dans un ouvrage intitulé "Violette Morris, histoire d'une scandaleuse" (Ed. Perrin) prend régulièrement le contre-pied de ceux rédigés par Raymond Ruffin, dans lesquels elle voit un portrait infondé et une biographie de parti pris ! Selon elle Violette Morris n'aurait été qu'une banale trafiquante du marché noir! 

Dans une interview fort édifiante l'on peut découvrir sa personnalité et sa thèse concernant Violette Morris: une simple collabo qui faisait des allers-retours en Normandie pour approvisionner le Marché noir, les résistants du Maquis Surcouf apparaissant comme des patriotes peu recommandables! Voir ci-dessous: http://www.tvnc.tv/Rencontre-avec-Marie-Jo-Bonnet-historienne_v718.html

D’où il ressort que la " célébrité " passée de Violette Morris pesa peut-être dans la décision de la " liquider ", comme sa personnalité hors normes. Qui, mieux qu’une transsexuelle lesbienne devenue gestapiste, pouvait incarner l’aspect " contre-nature " de la collaboration Ce raisonnement, qui insiste discrètement sur les vues très hétéronormées de nombreux résistants, est implicitement prêté par Marie-Josèphe Bonnet aux commanditaires et exécuteurs du Maquis Surcouf! Les trop rares survivavnts du maquis apprécieront!

Quel courage lui aura t'il donc fallu pour éditer ce livre 4 ans après le décès de Raymond Ruffin qui ne peut hélas, lui répondre! D'autant qu'elle y est allée de bon cœur en le citant un grand nombre de fois dans son ouvrage! Sans doute en partie parce ce que, originaire de la même région, elle ne peut en ignorer la notoriété et l'intérêt des lecteurs et des habitants pour ses ouvrages. Une notoriété sur laquelle elle va fonder son propre ouvrage.

Les lecteurs ne s'y sont pas trompés puisqu'une lectrice écrit sur Amazon: "Je pensais en savoir plus sur la vie hors norme de cette femme avant gardiste mais je n'y ai pratiquement lu qu'un plaidoyer contre le livre qui a été écrit précédemment dans lequel elle y était accusée d'être une collabo. Mais vraiment pas grand chose sur l'avant guerre. Dommage quelle déception! "

Quelle est donc sa thèse? Selon Marie-Josèphe Bonnet: "Les archives ne permettent pas de relever une activité d'espionnage, de dénonciation et de tortures de résistants." Ce qui n'a rien de nouveau puisque dans son interview à FR3 Raymond Ruffin remarquait également qu'il existe peu d'archives sur l'activité de Violette Morris .:http://www.youtube.com/watch?v=PVjdkCPDBVM.

Cette absence d'archives concernant notamment la terrible période de la rue Lauriston est volontaire. Dans l’espoir d’anéantir toute trace des forfaits commis, Bonny a détruit méticuleusement archives et dossiers compromettants. Les fichiers ont été brûlés et la Division Leclerc qui investira les lieux à la Libération ne trouvera rien.

Néanmoins pour la période sur laquelle plane le doute de la collaboration, Marie-Joséphe Bonnet convoque et confronte une masse impressionnante de documents. Et n'en retient finalement que des suppositions. Sa biographie de Violette Morris souffre de longueurs, elle  y raconte son enquête dans les archives de façon un rien naïve... Elle examine en effet une à une les pièces documentaires éclairant la mort de Violette Morris et ne fait grâce au lecteur d’aucune lacune, d’aucune hypothèse et laisse, au final, subsister des interrogations sans réponse et un nombre exceptionnel de points d’interrogation, sans éclairer pour autant son véritable visage. Chemin faisant elle substitue ainsi ce qu'elle qualifie de caricature à une autre caricature sans apporter la moindre preuve convaincante, tout en se laissant souvent emporter par des raccourcis quelque peu excessifs. 

défaut d’éléments d'archives propres à recréer l’univers mental de Violette Morris, elle se risque à des considérations psychologisantes pour le moins audacieuses. Cette tendance se retrouve également dans le traitement des sources. En voulant systématiquement mettre en doute tout document ou tout témoignage qui accuse Violette Morris, son discours prend parfois des allures de plaidoyer. Quitte à formuler des hypothèses pour trouver une explication à sa collaboration, allant jusqu’à mobiliser des personnifications : « Je suis égale aux hommes, proclame son costume masculin, et j’irai même jusqu’à me faire enlever la poitrine (…) ». Et de conclure par des généralisations fort subjectives : » Ce jusqu’au-boutisme, qui l’amènera sur le terrain de la collaboration avec l’Allemagne, est la caractéristique dominante de sa personnalité » .

La conclusion de l'ouvrage elle-même est à la forme interrogative : « Un bouc émissaire ? » La thèse suggérée est qu’en cette fin de guerre, des têtes doivent tomber et que l’héroïne de cette biographie est le bouc émissaire idéal parce qu’elle n’est pas comme « les autres » et que de ce fait elle détourne l’attention de ces autres et tout spécialement de tous ceux dont la conduite n’a pas été glorieuse pendant cette période noire de l’histoire nationale.

Mieux encore, les Français devraient renoncer au culte rétrospectif de la France libre : «L'occultation de l'Occupation après la guerre a permis l'épopée de la France libre qui a ignoré les compromissions quotidiennes des Français. D'une certaine façon, l'histoire de Violette Morris dévoile les dessous de cette époque, et peut-être plus encore le refus d'assumer la responsabilité de notre pays dans l'abominable histoire des années noires. » Ou bien encore : « Elle a traversé une frontière de genre, activant chez les "normaux" une pulsion de mort qui se pense comme légitime... », « ...Comme s'il allait de soi qu'une lesbienne qui s'habille en homme doive entrer à la Gestapo. Une telle crédulité nous questionne sur les fondements idéologiques de l'égalité des sexes qui semble régir notre société présente. Le consensus égalitaire n'est-il pas terriblement fragile quand on voit qu'une histoire cousue de fil noir suscite une pareille adhésion ? »

De bien singulières interprétations liées au parcours d'écrivain et de militante féministe de son auteure? Nous reviendrons plus en détail sur le livre de Marie-Josèphe Bonnet et ses multiples lacunes et contradictions mais il n'est pas indifférent d'avoir d'ores et déjà, quelques détails sur ce parcours, cf. le lien ci-dessous:

Mais où diable mène la "culture LGBT" ?

 

Analyse et critique détaillée du livre:

http://gss.revues.org/1983

http://www.nonfiction.fr/article-4924-lautre_violette.htm

http://www.39-45.org/viewtopic.php?f=21&t=29650#p359140

 

 

 

Après la débâcle de 1940, Violette Morris revient à Paris et reprend contact avec le Milieu qu’elle fréquente depuis plusieurs années. Henri Chamberlain, le Lafont de la Gestapo française sera l’un de ses premiers contacts. Elle fait aussi équipe avec Paulo le Balèze, spécialisé dans le marché noir à grande échelle.
En février 1942, elle passe de l’hôtel Lutecia (siège du Renseignement allemand) à la rue des Saussaies (siège de la Gestapo). On lui confie rapidement la responsabilité de l’Ouest. On la revoit aussi rue Lauriston (siège de la Gestapo française) en compagnie de Lafont. C’est l’époque où plusieurs mouvements clandestins de la Résistance sont infiltrés.