La Résistance normande : le maquis Surcouf génèse

 

 

La genèse de la création du Surcouf (Raymond Ruffin les lucioles de ma Nuit):

...A l'époque, Robert Leblanc a trente-deux ans, il est né à Pont-Audemer le 4 janvier 1910 précisément. De famille modeste, il apprend le métier de peintre en bâtiment, qu'il exercera jusqu'à son départ pour le service militaire, accompli dans la marine à Bizerte comme matelot de seconde classe. A son retour, malade, il devra être soigné pendant deux ans en sanatorium. Ne pouvant plus pratiquer son métier, il s'installe en 1935 à Saint-Etienne-l'Allier où il prend en main l'unique café épicerie du village. Marié, il est père de quatre enfants.

L'épilogue douloureux de la guerre éclair de 1939-40 surprend ce patriote, à qui sa dure maladie a valu d'être réformé. Bien qu'il se soit rendu à plusieurs reprises au bureau de recrutement, demandant à servir dans n'importe quelle arme, il a été chaque fois éconduit par les médecins militaires, astreints à appliquer les règles administratives.

C'est la rage au cœur qu'il assiste, impuissant, au déferlement de la Wehrmacht sur le sol français. Chez lui, la honte de l'occupation rejoint l'amertume de voir le pays trahi, et les chefs vénérés d'hier se faire aujourd'hui les valets du nazisme. Il ne pardonne pas, il ne pardonnera jamais aux traîtres qui ont livré la Patrie. Il se sent révolté, mais isolé, jusqu'au jour de 1940 où il rencontrera Robert Samson, qui deviendra plus tard au maquis " La Torpille ". Les deux amis, qu'anime un même désir de liberté, s'emploient à lutter contre le défaitisme et l'esprit de collaboration qui envahissent lentement le pays. Comment ? Ils n'en savent encore rien, mais ils cherchent, et voici qu'un jour le curé du village, l'abbé Meulan, leur parle le même langage. Lui non plus ne se résout pas à plier et les trois hommes s'aperçoivent qu'ils partagent la même conviction. La soixantaine très verte, alerte de corps et d'esprit, le prêtre ne manque jamais une occasion de montrer son aversion pour l'envahisseur. Robert Leblanc et Robert Samson s'en trouvent fortifiés, plus résolus encore, et, passant des paroles aux actes, ils commencent par déchirer soigneusement les affiches ennemies et à peindre sur les murs, y compris ceux de la Kommandantur, de grands V, symboles de la victoire alliée future. Puis, s'enhardissant, ils composent des tracts qu'ils distribuent, reproduisant les discours et messages de la radio de Londres.

Dans son épicerie, Robert Leblanc refuse de vendre Le Journal de Rouen et le Petit Parisien, les jugeant trop à la solde de l'occupant. Mais il fait mieux : le 14 juillet 1941,, il hisse à ses fenêtres le drapeau tricolore et, le 11 novembre de la même année, il dépose une gerbe au monument aux Morts. Désormais, lui et ses amis sont surveillés par les agents de l'ennemi, car même dans les plus petits villages, il se trouvera des lâches et méprisables individus pour dénoncer les patriotes courageux...
Gaston Simon, " Petit Gaston ", professeur, vingt-quatre ans.
Le groupe ainsi formé prend un nom ; il s'appellera " Surcouf "...

...Petit à petit, par relations, car dans les campagnes, où tout le monde se connaît peu ou prou, il est assez facile de se rendre compte de l'état d'esprit des gens et de leurs réelles capacités, les liaisons s'établissent. On apprend qu'à Lieurey un cultivateur, Marcel Vesque, a formé un petit groupe, qu'à Quillebeuf un nommé Nicolas a fait de même, qu'à Beuzeville un négociant en vieux chiffons, Henri Sorel, dispose de quelques éléments, qu'à Bourgtheroulde le docteur Hochart a créé un embryon de réseau, enfin que, et ce sera là un appui considérable, à Saint-Georges-du-Vièvre, un certain " Bayard " tente de monter une équipe en accord avec les gendarmes locaux et quelques amis


...ces garçons désœuvrés, livrés à eux-mêmes, vivant dans la crainte et l'incertitude, sans le moindre confort, dans une ambiance communautaire, s'ennuient et il faut les nourrir. Avec son allant coutumier, Robert Leblanc va trouver des solutions : pour les occuper, il entreprend de leur faire subir un entraînement intensif de nuit. Pour les alimenter, il organise, avec l'aide de paysans sûrs et fidèles, une chaîne de ravitaillement qui ne se rompra jamais. Il établit des postes de garde autour des camps, des relais et des liaisons pour l'approvisionnement en vivres. Il fait rechercher des granges, des pressoirs, des bergeries et étables isolées qui serviront, bien souvent à l'insu de leurs propriétaires, d'abris provisoires aux agents de liaison, et de boîtes aux lettres. Enfin et surtout, il fait régner une discipline inflexible, ne passant sur rien, se faisant rendre compte de tout. Remarquablement secondé par ses adjoints de groupe, qui s'affirmeront comme des responsables conscients et des chefs à l'autorité indiscutée, les Montier (Roger le Lorrain), Hardelle (Serpent), Floquet (Grand Jules), Vigier (Le Chat), supervisés par Samson (La Torpille), font respecter les ordres et maintiennent un climat d'autorité bien comprise et, en même temps, de fraternité d'armes...



Novembre 1942.

Depuis près de deux mois, les choses ont considérablement évolué.

A force de tâtonnements et de patientes recherches, Robert Leblanc a réussi à regrouper autour de lui quelques amis décidés à ne pas rester inactifs. La première ossature de son groupe de résistance est en place. A Robert Samson et à l'abbé Meulan sont venus s'adjoindre quelques patriotes courageux et résolus :

Edmond Floquet, dit " Grand Jules ", un bûcheron de dix-huit ans solide et d'un allant intrépide. Il se révélera vite un élément d'une, grande bravoure.

https://www.youtube.com/watch?v=joKE6yZnzyc

Roger Montier, dit " Le Lorrain ", chaudronnier de vingt ans au courage indomptable. Ce jeune ouvrier deviendra rapidement, grâce à sa vaillance, un chef de section remarquable.

Robert Vigier, dit " Le Chat ", électricien, vingt ans lui aussi, dont la tranquille et modeste assurance demeurera un exemple pour ses camarades.

André Hardelle, dit " Serpent ", docker de vingt ans, dont la témérité et la souplesse feront merveille.

Roger Grouet, " La Cuisine ", vingt-neuf ans, cuisinier bien sûr.

Jean Debrée, " Jeannette ", chauffeur, vingt ans.