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« La résistance n’a rien à redouter de son historicisation… »

 


La Résistance. Elle était la bonne conscience d’une France qui jusqu'au début des années 1970 en exaltait la mémoire en entretenant le mythe d’un pays sauvé du déshonneur grâce au courage et au dévouement de ses résistants. Mais la mort du général de Gaulle, le déclin progressif du Parti communiste, le réveil de la mémoire juive et la révélation de la Shoah allaient profondément bouleverser l'interprétation des événements. Historiens, cinéma et littérature, ont revisité la période de l’Occupation en dépeignant une France vichyste et collabo, fort éloignée de la légende dorée d’une France résistante. Aujourd’hui les passions s’estompent, les derniers témoins disparaissent, les archives s’ouvrent, il devient possible de  revenir sur cette période de l’Histoire en privilégiant la complexité des faits. C’est le propos  d’Olivier Wieviorka, spécialiste reconnu de la Seconde Guerre mondiale qui au terme d’un travail de recherche et d’analyse considérable de cinq années, signe une remarquable « histoire de la Résistance » à la fois complète et synthétique, minutieuse et accessible. Une histoire affranchie de l’héritage des mythes et des mémoires en un livre-événement probablement appelé à devenir un livre- référence sur le sujet.


Un livre fort éloigné des clichés réducteurs sur la période. Non, la France n’était ni  massivement résistante ni, comme certains historiens avaient voulu la montrer, attentiste, lâche et complaisante. Distinguant une "Résistance-organisation » qui ne concerne qu'une toute petit minorité et une « Résistance-mouvement », phénomène social beaucoup plus vaste, Wievorka rappelle que dans leur ensemble les Français n’adhéraient ni au nazisme ni à la collaboration et que les véritables résistants n'ont été qu’une petite minorité d’environ 500 000 personnes bénéficiant de sympathies voire de complicités au sein d’une population qui toutefois, faute d’un véritable engagement ne saurait être qualifiée de résistante. La Résistance elle, fut surtout une affaire de jeunes, de classes moyennes et supérieures de la société et du monde ouvrier, tous bien souvent divisés sur leurs options idéologiques mais qui tous refusaient le renoncement vichyste. Dans leur ensemble les grands  mouvements de la Résistance : Combat, Défense de la France, Libération-Nord, Libération-Sud... sont  nés de la volonté d'une poignée d'individus éloignés des structures partisanes classiques et des grandes institutions religieuses ou militaires. Leurs chefs avaient en commun un patriotisme radical et une critique sévère du parlementarisme de la IIIe République même si certains avaient des sympathies vichystes, (tel Henri Frenay), ou si certains officiers pétainistes de Vichy aidaient les Alliés.  

sabotage-2.jpgSes modalités d’action furent diverses : stratégie civile fondée sur la diffusion de la presse clandestine, l’organisation de manifestations, la grève et/ou stratégie militaire centrée sur le renseignement, le sabotage ou l’exfiltration des soldats alliés tombés dans l’hexagone. Souvent héroïque dans ses œuvres, la Résistance se montra en revanche globalement peu soucieuse du sort des juifs, contrairement à une population au sein de  laquelle des centaines de Justes contribueront, anonymement, à sauver de la mort  75 % des juifs de France, un pourcentage quasiment inégalé en Europe.

de-gaulle-.jpgEt ses chefs partagèrent  souvent une certaine indifférence vis-à-vis de la France libre du général de Gaulle. Ils ont été ainsi d’abord  indifférents, voire hostiles, à l’égard de ce général de brigade temporaire soupçonné de caresser des desseins dictatoriaux, lequel de son côté, manifestait peu d'intérêt pour la Résistance lui préférant la collecte des renseignements militaires et la propagande radiophonique sur la BBC.

jean-moulin-.jpgCe n'est qu'à l'automne 1941 qu'il confiera à Jean Moulin la lourde responsabilité d'unifier les mouvements afin de maintenir le pays dans la guerre et de gagner une certaine légitimité aux yeux de Londres. Mais jaloux de leur indépendance les différents mouvements, qui avaient commencé leur unification rejetèrent sa tutelle. Plusieurs désaccords les opposèrent à de Gaulle, qui refusait de soutenir des maquis les jugeant inutiles militairement, excluant dès lors toute action militaire prématurée de nature à mettre en danger les résistants eux-mêmes et surtout la population civile en raison des représailles allemandes.

Globalement il est vrai que la Résistance eût un rôle limité sur le plan militaire. Mais elle a alimenté les Alliés en renseignements, exfiltré les aviateurs tombés sur le sol français et retardé la contre-offensive allemande. Seuls, les Alliés auraient de toute façon remporté la victoire mais l’action des différentes composantes des forces françaises de l'intérieur (FFI)  joueront un rôle capital dans la libération de la métropole en 1944-1945, en permettant de libérer plus vite le pays et d’épargner des milliers de vies humaines. En fait c’est sur le plan politique que son bilan a été le plus positif, en évitant à la France une probable guerre civile et en permettant, à la Libération, une transition pacifique du pouvoir. Un bilan en demi-teintes au vu duquel Olivier Wieviorka s’interroge : «Doit-on réduire la résistance à ses œuvres? Tout suggère qu’elle dépasse son action et son bilan.», « …elle n’a rien à redouter de son historicisation… ». Et ainsi substituant le devoir d’histoire au devoir de mémoire il permet à la Résistance de rentrer véritablement dans l’Histoire.  

Histoire de la Résistance (1940-1945) . Olivier Wieviorka. Éd. Perrin, 576 p., 25 €.

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